Réforme de la rente accident du travail : ce qui change au 1er novembre 2026
La réforme de la rente accident du travail s'applique aux victimes dont l'état est consolidé à compter du 1er novembre 2026. Pour elles, la rente se scinde en une part professionnelle et une part fonctionnelle, et la faute inexcusable de l'employeur majore les deux.
Actualité · Publié le 21 octobre 2026 · 9 min de lecture
La réforme de la rente en bref
- Base légale : article 90 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, mis en œuvre par deux décrets et deux arrêtés du 7 mai 2026.
- Champ : victimes d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle consolidées à compter du 1er novembre 2026, quelle que soit la date de l'accident.
- Deux taux remplacent le taux unique : un taux d'incapacité permanente professionnelle et un taux fonctionnel.
- Rente dès 10 % de taux professionnel ; en dessous, une indemnité en capital, elle aussi en deux parts.
- Versement mensuel pour toutes les rentes ; celles notifiées avant le 1er novembre 2026 y passent le 1er janvier 2028.
- Faute inexcusable : la majoration porte sur les deux parts, et la caisse en récupère le capital auprès de l'employeur.
- Rien de nouveau à déclarer pour l'employeur : la prévention, donc le DUERP, reste son levier.
D'où vient la réforme de la rente accident du travail ?
Le contexte est d'abord judiciaire : le 20 janvier 2023, l'assemblée plénière de la Cour de cassation a jugé que « la rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent », c'est-à-dire les séquelles subies dans la vie courante.
Deux ans plus tard, l'article 90 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale a revu l'architecture de la rente. Elle indemnise séparément les conséquences professionnelles de l'incapacité et le déficit fonctionnel permanent.
Cette loi fixait une entrée en vigueur au plus tard le 1er juin 2026. La loi de financement pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a reporté cette limite au 1er novembre 2026, date retenue par le décret n° 2026-355 du 7 mai 2026.
Deux décrets (n° 2026-354 et n° 2026-355) et deux arrêtés du 7 mai 2026, publiés au Journal officiel du 10 mai, en fixent les modalités.
La date qui compte est celle de la consolidation
Un accident survenu en 2025 et consolidé en décembre 2026 relève du nouveau régime. À l'inverse, une victime consolidée en octobre 2026 garde l'ancien calcul, même si sa rente est notifiée plus tard. Ne confondez pas non plus la réforme avec la revalorisation annuelle des rentes.
Part professionnelle, part fonctionnelle : le nouveau calcul de la rente
Pour ces victimes, la caisse fixera deux taux, chacun selon un barème indicatif annexé à un arrêté du 7 mai 2026. Le taux professionnel tient compte de la nature de l'infirmité et de la situation de la victime. Quant au taux fonctionnel, il mesure les atteintes qui persistent après la consolidation.
- Part professionnelle
- Elle répare la perte de gains professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité. Son montant égale le taux professionnel multiplié par le salaire annuel retenu, ce taux étant réduit de moitié jusqu'à 50 % et augmenté de moitié au-delà (articles L.434-2 et R.434-2).
- Part fonctionnelle
- Ce second volet répare le déficit fonctionnel permanent. Chaque point de taux fonctionnel est valorisé à 50 % d'une valeur de point qui dépend de l'âge et du taux, puis le total est converti en rente selon l'âge à la consolidation.
Le seuil de la rente ne bouge pas, mais il s'apprécie sur le seul taux professionnel : 10 % (article R.434-1). En dessous, la victime reçoit une indemnité en capital, composée elle aussi d'une part professionnelle et d'une part fonctionnelle (article L.434-1).
Côté valeur, un référentiel annexé à l'arrêté du 7 mai 2026 fixe le point selon l'âge et le taux. Il est actualisé à chaque évolution de la valeur du point de déficit fonctionnel permanent retenue par les juridictions judiciaires.
Un exemple chiffré
Prenons une salariée de 45 ans, consolidée en décembre 2026 avec un taux fonctionnel de 12 %. Le référentiel fixe la valeur du point à 2 025 € pour sa tranche d'âge (41 à 50 ans) et de taux (11 à 15 %).
Sa part fonctionnelle vaut 12 × 2 025 € × 50 %, soit 12 150 €. Si son taux professionnel atteint 10 %, ce montant est converti en rente annuelle selon un barème lié à son âge ; sinon, il entre dans l'indemnité en capital.
En cas de faute inexcusable, la part fonctionnelle majorée peut atteindre 12 × 2 025 €, soit 24 300 €. C'est le double de la part de base, et la caisse récupère ce supplément auprès de l'employeur.
| Sujet | Consolidation avant le 1er novembre 2026 | Consolidation à compter du 1er novembre 2026 |
|---|---|---|
| Taux d'incapacité | Un taux unique. | Un taux professionnel et un taux fonctionnel, chacun fixé selon son barème indicatif. |
| Seuil de la rente | 10 % du taux unique. | 10 % du taux professionnel. En dessous, une indemnité en capital en deux parts. |
| Déficit fonctionnel permanent | Non réparé par la rente. Réclamé à l'employeur en cas de faute inexcusable (jurisprudence de 2023). | Indemnisé par la part fonctionnelle, faute inexcusable ou non. |
| Rythme de versement | Par trimestre, chaque mois à partir de 50 % d'incapacité. | Chaque mois. |
| Faute inexcusable | Majoration de la rente unique. | Majoration de la part professionnelle et de la part fonctionnelle, celle-ci pouvant être versée en capital. |
| Tarification AT/MP | Sinistre classé selon le taux d'incapacité permanente. | Sinistre classé selon le taux d'incapacité permanente professionnelle. |
Versement, capital, révision : ce qui change pour les victimes
Le versement devient mensuel pour toutes les rentes. Jusqu'ici, seules les rentes correspondant à un taux d'au moins 50 % l'étaient, les autres étant payées par trimestre (article R.434-34). Pour les rentes notifiées avant le 1er novembre 2026, le changement n'intervient que le 1er janvier 2028.
Une victime dont le taux fonctionnel atteint 50 % peut demander qu'une partie de sa part fonctionnelle lui soit versée en capital, dans les six mois suivant la notification de la rente. Ce capital représente 20 % de la part fonctionnelle calculée, dans la limite d'un plafond, et la rente diminue d'autant.
Quand le taux fonctionnel est révisé, la part fonctionnelle est recalculée selon l'âge de la victime à la date de la révision (article R.434-1-1-1 du Code de la sécurité sociale).
Pour les maladies professionnelles reconnues hors tableau, le taux minimal de 25 % s'apprécie en taux d'incapacité permanente professionnelle (article R.461-8). Nos articles sur la réforme des maladies professionnelles et sur le burn-out détaillent cette voie. Les autres évolutions prévues d'ici 2027 sont réunies dans notre article sur l'accident du travail en 2027.
Ce que la réforme de la rente change pour l'employeur
Aucune démarche nouvelle : la déclaration d'accident, ses délais et les réserves restent les mêmes. Pour une consolidation à compter du 1er novembre 2026, la décision motivée que la caisse vous notifie fixera les deux taux, avec les voies et délais de recours (article R.434-32).
Vous pouvez contester ces taux. Une contestation d'ordre médical passe d'abord par la commission médicale de recours amiable (article R.142-8), puis, le cas échéant, par le pôle social du tribunal judiciaire.
Côté cotisations, un sinistre grave pèse sur le taux des entreprises en tarification mixte ou individuelle, à travers des coûts moyens classés par tranche de taux d'incapacité. À compter du 1er novembre 2026, c'est le taux d'incapacité permanente professionnelle qui sert à ce classement (article D.242-6-6, modifié par le décret n° 2026-355).
Sous 20 salariés, le taux est collectif : il dépend des sinistres de votre secteur, pas des vôtres. La faute inexcusable, elle, se paie directement, quelle que soit la taille de l'entreprise.
La faute inexcusable, recalculée sur deux parts
Avec la réforme, la majoration porte sur la part professionnelle et sur la part fonctionnelle (article L.452-2). La première reste plafonnée à la fraction du salaire correspondant à la réduction de capacité ; la seconde, au nombre de points multiplié par la pleine valeur du point.
À sa demande, la victime peut obtenir le versement en capital de la majoration de la part fonctionnelle, dans les six mois suivant la notification de la rente majorée. Dans tous les cas, la caisse paie, puis récupère le capital représentatif auprès de l'employeur.
Les préjudices complémentaires changent aussi de périmètre (article L.452-3). La victime peut réclamer l'ensemble des préjudices qui ne font pas l'objet d'une réparation forfaitaire, dont les souffrances endurées avant la consolidation.
Le coût final d'un dossier dépend de l'âge, des taux et du salaire de la victime. Sans faute inexcusable, en revanche, ces majorations n'existent pas. Quant à l'accident de trajet, il reste hors du champ de la faute inexcusable.
Pourquoi le DUERP pèse dans ce nouveau calcul
La faute inexcusable suppose deux éléments : l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger, et il n'a pas pris les mesures nécessaires. Le DUERP répond aux deux, dans un sens ou dans l'autre : un risque inscrit établit la conscience du danger, des mesures datées montrent la prévention. Notre guide de la faute inexcusable de l'employeur détaille critères, procédure et présomptions.
Ces critères, la réforme ne les touche pas. Elle rend en revanche l'enjeu plus lisible : chaque point de taux fonctionnel a une valeur publiée, que la faute inexcusable peut doubler.
Trois réflexes pour un DUERP qui tient
- Coter chaque risque, unité de travail par unité de travail, avec les mesures déjà en place.
- Fixer pour chaque action une échéance et un responsable, puis dater sa réalisation.
- Reprendre l'évaluation au moins chaque année à partir de 11 salariés, et dès qu'une information nouvelle, comme un accident, intéresse l'évaluation d'un risque (article R.4121-2 du Code du travail).
Si votre document date de plus d'un an, partez de notre modèle de DUERP pour votre métier ou reprenez votre évaluation en ligne. Après un accident, notre article sur le DUERP après un accident du travail détaille la mise à jour à faire, et le guide complet du DUERP reprend les bases.
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Les questions des employeurs à quelques jours du 1er novembre 2026.
Quand entre en vigueur la réforme de la rente accident du travail ?
Le 1er novembre 2026. Elle s'applique aux victimes dont l'état est consolidé à compter de cette date, quelle que soit la date de l'accident (article 90 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025 et décret n° 2026-355 du 7 mai 2026).
Qu'est-ce que la part fonctionnelle de la rente ?
C'est la part qui répare le déficit fonctionnel permanent, c'est-à-dire les séquelles subies dans la vie courante. Elle se calcule en points : nombre de points du taux fonctionnel, multiplié par 50 % d'une valeur de point qui dépend de l'âge et du taux.
Le seuil de 10 % pour avoir une rente change-t-il ?
Non, il reste fixé à 10 %, mais il porte sur le taux d'incapacité permanente professionnelle (article R.434-1 du Code de la sécurité sociale). En dessous, la victime perçoit une indemnité en capital, qui comprend elle aussi une part fonctionnelle.
Les rentes déjà attribuées sont-elles recalculées ?
Les victimes consolidées avant le 1er novembre 2026 restent sous l'ancien calcul. Seul le rythme de paiement évolue : les rentes notifiées avant cette date passeront au versement mensuel le 1er janvier 2028.
La réforme augmente-t-elle les cotisations AT/MP ?
Pas directement : les textes de la réforme ne fixent aucun taux de cotisation. Ils prévoient que le sinistre est classé selon le taux d'incapacité permanente professionnelle pour les entreprises en tarification mixte ou individuelle. Sous 20 salariés, le taux reste collectif.
Que change la réforme en cas de faute inexcusable ?
La majoration porte sur la part professionnelle et sur la part fonctionnelle (article L.452-2). Majorée, la part fonctionnelle peut atteindre la pleine valeur du point, soit le double de la part de base, et la caisse récupère ce supplément auprès de l'employeur.
L'employeur a-t-il une démarche à faire au 1er novembre 2026 ?
Aucune déclaration nouvelle. Il reçoit la décision qui fixe les deux taux et peut la contester ; le reste se joue en amont, dans la prévention et dans un DUERP tenu à jour.
Références utilisées
- Loi n° 2025-199 du 28 février 2025 · Article 90
Base légale de la réforme, entrée en vigueur au plus tard le 1er novembre 2026 pour les victimes consolidées à compter de cette date.
- Décret n° 2026-354 du 7 mai 2026
Seuil de 10 %, calcul de la part fonctionnelle, versement mensuel, décision fixant les deux taux.
- Décret n° 2026-355 du 7 mai 2026
Date du 1er novembre 2026 et tarification fondée sur le taux professionnel.
- Arrêté du 7 mai 2026 relatif à l'incapacité permanente fonctionnelle
Pourcentage de 50 %, référentiel de la valeur du point, conversion en capital.
- Code de la sécurité sociale · Article L.434-2 (version au 1er novembre 2026)
Composition de la rente : part professionnelle et part fonctionnelle.
- Code de la sécurité sociale · Article L.452-2 (version au 1er novembre 2026)
Majoration des deux parts en cas de faute inexcusable.
- Code de la sécurité sociale · Article R.434-34 (version antérieure)
Paiement trimestriel, mensuel à partir de 50 % d'incapacité, jusqu'au 31 octobre 2026.
- Cour de cassation · Assemblée plénière, 20 janvier 2023, n° 21-23.947
La rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent.
- Ameli · Le taux de cotisation AT/MP des entreprises de moins de 20 salariés
Taux collectif, qui dépend des sinistres du secteur et non de ceux de l'entreprise.
Dernière vérification des références : 21 octobre 2026. Les règles décrites sont celles du régime général et du régime des salariés agricoles ; la valeur du point est celle du référentiel publié le 10 mai 2026.
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