Cotation des risques : matrice gravité × fréquence × maîtrise
La cotation des risques du DUERP sert à classer les priorités, pas à noircir un tableau. Voici comment construire la matrice, la lire, et y ajouter le niveau de maîtrise.
En 30 secondes
L'essentiel de la cotation
- Coter, c'est hiérarchiser les risques pour décider quoi traiter en premier.
- La base : gravité × fréquence = criticité, sur une échelle de 1 à 16.
- Le 3e axe, la maîtrise, distingue le risque brut du risque résiduel après mesures.
- Aucune grille n'est imposée par la loi (article L.4121-3) : elle doit seulement permettre de prioriser.
- Le calcul oriente, votre jugement tranche : un danger mortel rare reste prioritaire.
Le but
À quoi sert la cotation des risques ?
Une fois les risques identifiés, encore faut-il savoir par lesquels commencer. C'est tout l'objet de la cotation : attribuer à chaque risque un score qui reflète son importance, pour bâtir un plan d'actions ordonné. Sans cotation, le DUERP reste une liste sans priorités.
La démarche n'est pas une fin en soi. L'article L.4121-3 du Code du travail impose d'évaluer les risques, mais laisse l'employeur libre de la méthode. La cotation est l'outil qui transforme une évaluation en décisions concrètes.
Elle s'insère à une étape précise de la démarche. Pour la voir en contexte, notre guide de rédaction du DUERP en 7 étapes situe la cotation entre l'identification des risques et le choix des mesures.
Les deux axes de base
Gravité et fréquence : les deux questions à se poser
Deux questions suffisent pour démarrer. Si le risque se réalise, à quel point est-ce grave ? Et à quelle fréquence vos salariés y sont-ils exposés ? La première mesure la gravité, la seconde la fréquence. Quatre niveaux par axe suffisent largement pour une TPE.
Gravité
- 1 · Mineure : gêne ou blessure légère, soin sur place
- 2 · Modérée : blessure avec arrêt de travail court
- 3 · Grave : accident invalidant, arrêt long
- 4 · Très grave : conséquence mortelle ou irréversible
Fréquence
- 1 · Rare : exposition une fois par an environ
- 2 · Occasionnelle : exposition mensuelle
- 3 · Fréquente : exposition hebdomadaire
- 4 · Permanente : exposition quotidienne ou continue
Une nuance de vocabulaire : on parle parfois de « probabilité » ou d'« exposition » à la place de la fréquence. L'idée reste la même, mesurer la chance que le risque survienne. Gardez le terme qui parle le mieux à votre équipe, mais gardez le même partout.
La matrice
Construire et lire la matrice de criticité
La criticité est le produit des deux axes, de 1 à 16. On la visualise dans une matrice à double entrée : la gravité en lignes, la fréquence en colonnes. Chaque case donne le score, et la couleur signale le niveau de priorité.
Lecture : G = gravité (lignes), F = fréquence (colonnes). Une chute mortelle (G4) à exposition quotidienne (F4) atteint 16, le maximum. Une coupure bénigne (G1) et rare (F1) reste à 1.
1 à 3
Faible
4 à 6
Modéré
7 à 9
Important
10 à 16
Critique
Les paliers de couleur traduisent le score en décision. Le rouge et l'orange appellent une action rapide, l'ambre une action planifiée, le vert une simple surveillance. C'est exactement ce barème que DUERP Gestion applique et colore automatiquement à chaque risque saisi.
Le troisième axe
Le niveau de maîtrise : du risque brut au risque résiduel
La matrice à deux axes cote le risque brut, celui qui existe avant toute protection. Or vous avez souvent déjà des mesures en place : garde-corps, ventilation, consignes, formations. Le niveau de maîtrise mesure leur efficacité, et permet d'estimer le risque résiduel, celui qui subsiste réellement.
C'est le sens du troisième axe, gravité × fréquence × maîtrise. Quand les mesures sont solides, le risque résiduel descend nettement sous le risque brut. Quand elles sont faibles ou absentes, les deux se confondent. Cette lecture évite un piège courant : croire qu'un risque grave est réglé alors que rien ne le maîtrise.
Deux axes suffisent pour commencer. Le niveau de maîtrise est un raffinement utile aux démarches déjà rodées. Une TPE qui débute a tout intérêt à rester sur gravité × fréquence, quitte à ajouter la maîtrise plus tard.
Exemples concrets
Trois cotations, trois secteurs
BTP
Chute de hauteur en toiture
Maîtrise : Garde-corps posés et harnais porté : le risque résiduel redescend nettement, la probabilité d'accident chutant fortement.
Restauration rapide
Brûlure sur friteuse
Maîtrise : Écran anti-projection et formation au port des maniques longues : la gravité potentielle reste, mais l'exposition réelle baisse.
Bureau
Charge mentale et risques psycho-sociaux
Maîtrise : Régulation de la charge, entretiens réguliers, cellule d'écoute : la maîtrise agit surtout sur la fréquence des situations à risque.
Ces scores ne sont pas des vérités absolues. Ils traduisent une situation observée, à un moment donné. Un risque de gravité maximale, même peu fréquent, mérite d'être traité en priorité : la matrice hiérarchise, elle ne remplace pas votre jugement.
Pièges à éviter
Les erreurs de cotation les plus fréquentes
Coter le danger au lieu du risque
Un produit inflammable est un danger. Le risque, c'est l'exposition réelle de vos salariés à ce produit. On cote le second, pas le premier.
Tout surcoter par prudence
Si tout est rouge, plus rien n'est prioritaire. Une cotation gonflée par précaution rend le plan d'actions illisible et ingérable.
Sous-coter pour se rassurer
Minimiser un risque pour alléger le document le vide de sa raison d'être. En cas d'accident, l'écart avec la réalité se retourne contre l'employeur.
Copier une grille sans observer
Reprendre la cotation d'un confrère sans regarder son propre terrain produit un DUERP générique, déconnecté des postes réels.
Oublier de recoter après les mesures
Une fois les mesures en place, le risque résiduel change. Sans nouvelle cotation, le document fige une situation qui a évolué.
Changer d'échelle en cours de route
Une unité cotée sur 4 niveaux, une autre sur 5 : les criticités ne se comparent plus. L'échelle doit rester la même partout.
La criticité calculée pendant que vous saisissez
Tenir une matrice à la main reste possible. Mais recalculer chaque criticité, actualiser les couleurs et reclasser les priorités à chaque modification devient vite fastidieux sur un tableur.
DUERP Gestion applique le barème gravité × fréquence pour vous. À chaque risque, vous choisissez la gravité et la fréquence, la criticité s'affiche, et le plan d'actions se classe automatiquement du plus critique au plus faible. Vous gardez la main sur le contenu, l'outil gère le calcul. Service exceptionnellement gratuit (au lieu de 39 €), sans inscription.
Questions fréquentes
Ce que les dirigeants demandent sur la cotation
Les questions qui reviennent au moment de coter les risques du DUERP.
La loi impose-t-elle une grille de cotation des risques ?
Non. L'article L.4121-3 du Code du travail met l'évaluation à la charge de l'employeur, mais ne fixe aucune échelle ni méthode de cotation. Le croisement gravité × fréquence s'est imposé parce qu'il est simple et lisible. Vous restez libre de votre grille, du moment qu'elle permet de hiérarchiser les priorités d'action.
Faut-il deux axes ou trois (gravité, fréquence, maîtrise) ?
Deux axes suffisent pour la plupart des TPE : gravité × fréquence donne une criticité claire de 1 à 16. Le troisième axe, le niveau de maîtrise, est un raffinement utile aux démarches plus matures : il permet de distinguer le risque brut du risque résiduel, une fois les mesures de prévention prises en compte. Commencer à deux axes est parfaitement valable.
Quelle différence entre risque brut et risque résiduel ?
Le risque brut est le risque intrinsèque, avant toute mesure de prévention. Le risque résiduel est ce qui subsiste une fois les protections en place (équipements, consignes, formation). Le niveau de maîtrise fait le lien entre les deux : plus les mesures sont efficaces, plus le risque résiduel descend par rapport au risque brut.
Comment fixer le seuil à partir duquel on agit ?
Aucun seuil n'est imposé par la loi. À vous de définir vos paliers : par exemple, traiter en priorité les risques cotés « Important » et « Critique », planifier les « Modérés », surveiller les « Faibles ». L'essentiel est de garder les mêmes paliers d'une unité de travail à l'autre pour que les comparaisons tiennent.
Cote-t-on les risques psycho-sociaux comme les autres ?
Oui, avec les mêmes axes. La gravité mesure l'atteinte possible à la santé (jusqu'à l'arrêt long ou l'épuisement), la fréquence mesure l'exposition aux situations à risque (charge, tensions, exigences clients). Les risques psycho-sociaux sont souvent sous-cotés faute d'être visibles : il faut les évaluer aussi sérieusement qu'un risque physique.
Sources
Références utilisées
- Article L.4121-3 du Code du travail
Évaluation des risques à la charge de l'employeur, sans grille de cotation imposée.
- Article L.4121-2 du Code du travail
Principes généraux de prévention : ils guident les mesures qui réduisent le risque résiduel.
- Article R.4121-1 du Code du travail
Transcription des résultats de l'évaluation, dont la cotation, dans le Document Unique.
- Article R.4121-2 du Code du travail
Mise à jour du DUERP : occasion de recoter le risque résiduel après les mesures.
- Service-public.fr : évaluation des risques professionnels
Vulgarisation officielle de la démarche employeur, mise à jour par l'État.
- INRS : méthode d'évaluation des risques et outil OiRA
Aide au repérage et à la hiérarchisation des risques, outils gratuits par secteur.
Dernière vérification des références : 20 mai 2026. Le Code du travail n'impose aucune échelle de cotation : le croisement gravité × fréquence relève des bonnes pratiques relayées par l'INRS, pas d'une obligation réglementaire.
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